L'histoire du taxi en France

Le taxi est né en même temps que l'automobile tel qu'on le définit aujourd'hui, même si son origine remonte en réalité jusqu'au fiacre, la voiture hippomobile, et même plus loin encore aux chaises à porteurs.
La naissance de l'automobile, pour sa part, coïncide avec l'essor de l'ère industrielle de la fin du 19ème siècle. Le taxi va d'ailleurs jouer un rôle de premier plan dans le développement de ce secteur.
En effet, la voiture ne se démocratisera que bien plus tardivement, dans les années 50 car au départ beaucoup trop chère. Il était impossible pour les industriels de compter sur le marché populaire pour rentabiliser cette branche.

Le taxi : propulseur du secteur de l'automobile française

taxi-renault-ag1 250Après les premiers fiacres électriques, beaucoup d'industriels se tournent vers le pétrole, énergie qui s'avère beaucoup plus rentable, au début du 20ème siècle.
Si le taxi est considéré comme un fer de lance de la modernité par les français qui commencent à l'utiliser massivement,  il commence surtout à représenter pour les investisseurs un nouveau domaine de rentabilité. Même les banques investissent directement en achetant des automobiles pour faire le taxi.

Le nombre d'«autotax » passe ainsi de 300 à 1070 entre 1906 et 1907 !!
Un très grand nombre de marques automobiles françaises fleurissent alors, quasiment toutes spécialisées dans le marché des compagnies de taxis. Cela permet aux constructeurs, notamment Renault grâce aux énormes ventes de son modèle AG1, de tirer son épingle du jeu et de faire de considérables bénéfices et d'accroître leurs entreprises, d'embaucher, d'améliorer les techniques automobiles, les moteurs ou encore le freinage. On retiendra de ce véhicule sa formidable contribution historique lors de la première guerre mondiale et la fameuse bataille des "taxis de la Marne".
Citroën, pour sa part, lance même directement sa propre compagnie de taxis et en quelques années, le Taxi fait désormais partie du paysage urbain. L'arrivée de Citroën sur le marché du taxi va donner un considérable « coup de fouet » à l'industrie du taxi et de l'automobile. Ses voitures plus modernes s'éloignent nettement de l'influence des fiacres dans leur design. Seuls les constructeurs déjà affirmés financièrement et infra-structurellement pourront ainsi suivre Citroën dans « sa marche en avant » : Renault, Peugeot, Citroën mais aussi Panhard. En cet âge d'or du taxi français, l'exportation des taxis français est rayonnante.

Les prémices de la professionnalisation du métier de chauffeur

imagesLe monde du taxi va alors se structurer progressivement avec l'utilisation plus sérieuse des compteurs, l'application de tarifs de plus en plus rigides et différents selon les destinations et surtout le passage d'examens de conduite au sein de leurs compagnies.

Des services d'embauche sont créés dans les compagnies et les chauffeurs sont choisis avec soin pour leur aptitude à la conduite et soumis à des examens spéciaux.

Une signalétique est mise en place pour améliorer la conduite urbaine et éviter les accidents, le port de tenues correctes est exigé. Enfin, les clients peuvent faire part de leurs doléances à une commission disciplinaire de la compagnie. Nous entrons dès lors, avec tous ces changements, dans l'ère du taxi véritablement professionnel.

L'affrontement des grandes firmes

Vers le milieu des années 30 Peugeot s'intéresse de plus en plus aux taxis. Si les grandes marques ont leurs propres compagnies pour assurer leur vente et faire la publicité de leur véhicule au travers de « la vitrine taxi » (Renault possède la G7 depuis 1927 et Citroën sa propre compagnie), Peugeot, lui, mise avec intelligence sur les artisans pour accroître ses ventes et imposer une image de solidité mécanique. Le métier étant peu rentable et toutes les économies réalisées sur les véhicules étaient bonnes. Peugeot l'a compris et propose de façon très avant-gardiste un moteur diesel sur la 402 dès 1938, même si la guerre en empêchera son développement immédiat contribuant ainsi à l'amélioration de la profession. C'est ainsi que la firme Sochalienne se taillera la part du « Lion » en France et dans de nombreux autres pays comme leader des taxis ! Intégrée dans un savant plan marketing, elle se servira de cette image du taxi pour démontrer la robustesse des moteurs de la marque. Une forte représentation d'une marque automobile dans le parc des taxis lui assure en effet une très bonne image auprès de sa clientèle.

La réglementation et l'amélioration des conditions de travail

casquette-chauffeur 250Si les artisans tirent un peu mieux leur épingle du jeu, les employés des petites et grandes compagnies ont souvent des salaires de misère. En l'absence de réglementation sur le nombre de taxis, l'offre étant trop forte par rapport à la demande, ils peuvent travailler jusqu'à 18 heures quotidiennes. Heureusement en 1936 et 1937, des accords sont signés pour améliorer les conditions de travail et réglementer l'industrie du taxi . Un décret réglemente officiellement le nombre de taxis à Paris en 1938, mais le statut de locataire, défini de façon très floue, ne considère toujours pas le chauffeur comme un salarié. Ce statut sera la base de nombreuses revendications.  Toutes ces avancées sont due en grande partie à l'action d'un syndicat très fort et d'un esprit de corporation issu du « syndicat des cochers-chauffeurs », un des premiers syndicats fondé en France en 1884 qui deviendra par la suite le syndicat des artisans taxis,  toujours très actif.
Vers 1935, l'artisanat devient majoritaire avec 56% des taxis. C'est aussi l'avènement des chauffeurs russes, chassés de leur pays à cause de la révolution. Le taxi a en effet toujours jouer un rôle d'intégration pour les plus démunis financièrement et relationnellement comme le sont souvent les immigrés. Suite à la guerre d'Algérie, beaucoup de licences seront également distribuées gratuitement pour les rapatriés. Le taxi représentera pour eux un tremplin social et économique inespéré en ces temps difficiles.

La métamorphose du métier et le développement de l'artisanat

TaxiAprès la grande guerre, une visite médicale obligatoire est instaurée, et le monde du taxi va subir lui aussi sa révolution avec un changement complet d'approche des constructeurs et de la vision du métier : désormais le taxi n'est plus une « voiture de tourisme » modifiée à l'usage taxi mais devient un taxi adapté à des « voitures de tourisme ». Les Renault KZ sont les derniers taxis typiques, à la conception spécifique intérieure et extérieure (confort passager, design carrosserie, peinture etc....) en vue de cet usage. Ce sont généralement des voitures de séries toutes marques confondues qui vont finalement développer une identité taxi avec une véritable âme. Cette diversité de modèles contribue au charme des taxis français et parisiens, loin de la monotonie des blacks Cab et autres Yellow cab.

Toutefois, la rentabilité des taxis est toujours loin d'être excellente car entre-temps la voiture s'est démocratisée, et est devenue un véritable phénomène de consommation. Le taxi perd alors une certaine clientèle mais se profil déjà à l'aube des années 1960 une autre clientèle...celle des « Bornes d'appels » et des « Radio-taxi ». De nos jours, les courses radio font partie intégrante de l'industrie taxi. Beaucoup de standards appartiennent aux compagnies. Les bornes d'appels apparues fin des années 50 permettent également d'améliorer la rentabilité et le service aux clients. Un minimum de 5 ans d'activité au sein d'une compagnie est obligatoire avant de prétendre à l'artisanat !! Le client, depuis 1960, peut pour sa part demander au chauffeur un « bulletin de voiture » pour se faire rembourser et les taxis peuvent emprunter les couloirs de bus.
La détaxe sur le carburant est accordée, qui soulage alors les artisans de leurs autres frais.
Auparavant la préfecture de police attribuait une licence « gratuitement » que le chauffeur-artisan rendait quand il cessait la profession. Tout change enfin en France lorsque l'administration autorise les chauffeurs artisans à céder leur autorisation moyennant finance en présentant un successeur. Très récemment, en 2008, la commission gouvernementale Attali proposa la déréglementation des licences des taxis en France. Elle fut rejetée suite à une grève massive et historique des chauffeurs de taxi.

 

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L'histoire de la profession de chauffeur de taxi en France est riche et constitue un reflet fidèle des périodes qu'il a traversé au cours du 20ème siècle.
Il a considérablement évolué, tant au niveau de ses outils, que de son statut ou de sa clientèle.
Aujourd'hui l'artisanat lui a véritablement donné ses valeurs et l'évolution de la profession a transformé le métier de chauffeur de taxi en un véritable commerçant.
Devenu objet de consommation courante, le taxi et son univers sont désormais solidement ancrés au sein de la culture française.